Nous sommes assises à une petite table derrière le marché de nuit dans le nord de Phnom Penh, sur des tabourets de plastique. Une femme de 60 ans à la peau ridée nous fait face. Elle nous accueille du sourire cordial mais distancé dont les Khmers gratifient les étrangers. Dans quelques minutes, elle connaîtra mieux nos vies et nous connaîtrons la sienne. Nous sommes chez une chiro-cartomancienne, une voyance.

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Online NewsDina Ou* regarde mes mains. Immédiatement, elle devine que je n’ai pas beaucoup travaillé et que j’ai eu une vie facile. Jusque là, je peux en faire autant. Son discours devient plus étonnant lorsqu’elle décrit rapidement ma personnalité. Elle enchaîne :“Tu as beaucoup voyagé, très loin. Tu as vu le monde.“ Elle me prévient ensuite : „Tu vas être riche, tu auras beaucoup d’argent mais tu donneras tout.“ En jetant un coup d’oeil sur la tranche de mes mains, elle m’annonce que j’aurai trois enfants : une fille et deux garçons. Le récit se poursuit, un peu cousu de fil blanc mais certains détails jettent un trouble.

Le passé de la voyance

Son sourire demeure et il nous intrigue. Nous avons l’impression qu’elle sait mieux lire nos visages que nos mains ou ses cartes. Elle se prête de bonne grâce au jeu des question-réponses : „Avant de travailler ici, j’étais malheureuse. Mon mari me frappait, j’étais pauvre et je ne pouvais pas nourrir ma fille.“ Elle regarde le sol. C’était il y a longtemps mais elle cauchemarde de cette période toutes les nuits. Elle nous confie : „J’ai tenté de me suicider.“ Elle survit à la prise de médicaments et s’échappe de cette vie de violence par la spiritualité.

Questions à la carte

Dina Ou* me présente les cartes : les battre sept fois, les couper, et en tirer deux, à deux reprises. Celles-ci lui permettent, à ses dires, d’obtenir des réponses plus précises et surtout, à propos de nombreux sujets. „Vous avez eu beaucoup de problèmes l’année dernière mais dès que vous avez quitté votre pays, votre situation s’est améliorée.“ Silence à la table. Cette première affirmation est véridique mais je reste sceptique. Je connais bien les entourloupes des „Madame Irma“.

Elle ajoute qu’elle pratique la chiromancie et la cartomancie depuis 1983 et qu’elle l’a appris elle-même. Selon elle, personne n’est medium dans son entourage. Mon scepticisme se renforce. Je multiplie les questions et elle se trompe de plus en plus. Elle crée un autre futur pour moi, ce que j’aime bien : „Vous allez divorcer. Votre nouveau mari va être bronzé comme moi.“ Encore un sourire pour moi, la barang, l’étrangère. Je suis contente. Dina m’a amusée, et pour moi c’est la fonction d’une voyante.

La cartomancienne sur le trottoir du marché de nuit est dorénavant à même de subvenir à ses besoins. Elle gagne 10 à 15 dollars par jour, ce qui est suffisant : en témoignent deux dents en or lorsqu’elle sourit. Sa fille vend des boissons le long de la route. Son mari ne pose plus de problème : ils ont divorcé. Aujourd’hui, en plus d’être financièrement indépendante, elle aide ses compatriotes et les étrangers de passage. Nous la quittons après nous être acquittées de 5.000 à 10.000 riels en fonction des services demandés. Connaître son avenir ne coûte pas bien cher à Phnom Penh au Cambodge.

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Auteur | Sarah Thust, Emilie Tôn et Laure Delacloche

Actualisé | 16.12.2011

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